4 avril : Parlons Duras

4 avril : Parlons Duras

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Marguerite Duras est née un jour comme aujourd’hui, il ne faisait peut-être beau, ou gris, elle est née Donnadieu fille de ses parents, elle deviendra Duras écrivaine de tous. La guerre, la colonisation la suivront. D’abord à la naissance dans une région de l’Indochine française, ensuite en 40, la Deuxième Guerre mondiale la frappe en plein cœur.  

 

Elle travaille sous Vichy, très vite son appartement devient un lieu de rencontre sans censure, et elle en paiera le prix, Robert Antelme son mari, écrivain aussi, est déporté dans un camp de concentration. Elle essaye de le libérer en jouant au jeu de Vichy, plus précisément en essayant de séduire Charles Delval, un agent français de la Gestapo. Un film consacré à cette histoire, sorti en 2017, « La douleur » adaptation du roman de Duras sorti en 85 et réalisé par Emmanuel Finkiel, raconte ce chapitre douloureux de la vie de l’écrivaine. 

 

Plus que sa vie, ce sont ses romans qui intriguent encore. La plume qui a tout détruit sur son passage, le cri comme style et des personnages inspirés de sa vie. La vie de Donnadieu est fracassée par la mort de son nouveau-né, par les amants, par les trahisons, et l’alcool, mais celle de Duras est au sommet, d’abord un roman en 58 où elle pose les piliers de ce qui devienda sa thématique “Moderato Cantabile”, histoire entre une bourgeoise et un employé de son mari qui discutent de crime passionnel entre deux verres de vin, ensuite une baffe littéraire “Le vice consul” en 66, consécration avec le Goncourt pour “L’amant ‘en 84, une autofiction.

Bien qu’elle ait essayé le cinéma, même plus qu’essayer, c’est l’écriture qu’elle réussit le mieux. Elle bousculera encore en 85 le monde des lettres avec un article sur l’affaire du petit Grégory dans les tribunes de Libé, un texte aujourd’hui dans les pléiades ; sublime, forcément sublime Christine V. Duras est accusée de justifier, de ‘romantiser’ un crime abject, la liberté d’écrire oui, mais où est la limite ? Pour Duras, il n’y en a pas.

 

« Je parle du crime commis sur l’enfant, désormais accompli, mais aussi je parle du crime opéré sur elle, la mère. Et cela me regarde. Elle est encore seule dans la solitude, là où sont encore les femmes du fond de la terre, du noir, afin qu’elles restent telles qu’elles étaient avant, reléguées dans la matérialité de la matière. Christine V. est sublime. Forcément sublime”

 

Quoi de plus intime pour un écrivain que de parler de l’écriture, des mots, du ‘pourquoi écrire’. Elle le fait en 1993, trois ans avant de mourir, elle livre son secret, son jardin secret, son territoire. Elle explique tout, un testament d’une pureté et d’une sincérité foudroyante. Elle y parle de la solitude, elle en fait une condition.