Miles away…

Miles away…

Partager

Comment décrire la musique de Miles Davis avec des mots ? Le poète lunaire de la trompette, le Picasso du jazz au souffle puissant et fragile à la fois, parvient à faire naître des sons hypnotiques de sa trompette, une musique fluide, qui parle à l’âme. Il a été capable tout au long de sa carrière de réinventer les formes du jazz encore et encore.

 

 

Le trompettiste et compositeur américain qui aurait eu 91 ans ce 26 mai est l’un des plus grands noms de la scène internationale du jazz.

Décédé en 1991, il était célèbre pour être un musicien moderniste et novateur qui a toujours su se renouveler et renouveler sa musique. Son nom est associé à tous les chapitres de l’histoire du jazz moderne qu’il a su intégrer et auxquels il a contribué.

 

Tout a commencé dans l’Illinois, où Miles Davis est né dans une famille bourgeoise afro-américaine qui lui a inculqué les valeurs d’intégration dans la société blanche, valeurs pas très répandues à cette époque où la ségrégation raciale faisait des ravages. Dans l’East Saint Louis où il a grandi, il a appris à jouer de la trompette très jeune, devenant professionnel à seulement 17 ans, et intégrant plusieurs orchestres de rythm’n blues. Très vite, il se retrouve à jouer à côté de grands noms, tels que Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

 

Depuis, le petit Miles a tracé son bonhomme de chemin, son talent s’affirme, son identité s’impose et il se fait un nom sur la scène jazz, jusqu’en 1945, où il se met à composer sa propre musique.

Commence alors la carrière de compositeur-interprète du musicien surnommé le caméléon, celui qui a toujours su remettre à jour son art pour réinventer les codes de la musique.

 

 

La carrière du musicien et sa vie de façon plus générale ont été marquées par un passage noir, une période durant laquelle il a sombré dans la drogue ; c’est le hard bop, vers lequel il s’est orienté qui l’a aidé à traverser cette épreuve. Il a notamment collaboré avec Sonny Rollins et Thelenious Monk.

 

 

De toutes ces rencontres naît la musique…

 

La musique de Miles Davis s’est transformée au fil des rencontres et des collaborations.

Avec les deux saxophonistes John Coltrane et Cannonball Adderley et le pianiste Bill Evans est né l’un des albums les plus marquants de l’histoire du jazz, peut être le meilleur selon beaucoup, à savoir le mythique « Kind of blue ».

Sorti en 1959, c’est l’album de jazz le plus vendu de tous les temps. Ce qui rend cet album tellement exceptionnel est non seulement son côté novateur, mais également la qualité des musiciens qui y ont contribué et qui partageaient la même vision de la musique que Miles Davis, une musique qui abolit les frontières, et qui ne connaît pas de limites. Ces musiciens entonnaient la même chanson, en chœur, sans fausse note aucune.

 

 

 

 

 

Rock star

 

 

Miles amorce une transition dans les années 60, qui évoluera jusqu’à ce style que l’on appelle désormais le jazz-rock ou jazz fusion. Le rythme devient de plus en plus binaire  et l’instrumentation de plus en plus électrique. Toujours aller de l’avant, toujours créer et remettre en question l’académisme musical, tel fut le fil conducteur de cette carrière unique avec toujours plus d’expérimentations et de découvertes de nouveaux paysages sonores que Miles fusionne et recompose à l’infini.

 

C’est aussi durant ces deux dernières décennies que Miles, qui avait déjà la gloire, connut une réelle célébrité lui permettant de mener une véritable vie de rock star bien avant tous les autres. Il fut l’homme élégant aux tenues de plus en plus créatives et colorées, l’homme aux quatre Ferrari ; un raffinement esthétique dans les moindres détails qui renvoyait constamment à sa musique. Il disait souvent « la musique c’est le style », je pense que l’on peut en dire autant de l’homme : « Miles c’est le style ».

 

 

« Nous jouons ce que les temps veulent »

 

 

Les expérimentations vont continuer jusqu’à intégrer le hip-hop. Les concerts aussi, jusqu’au testament que fut le concert du 8 juillet 1991 au Casino de Montreux, une sorte de rétrospective depuis « Birth of the cool », en passant par « Miles Ahead », « Porgy and Bess » ou « Sketch of Spain ». Salle debout ! Interminable ovation !

Il faut dire que l’homme toujours tourné vers l’avenir refusait de regarder derrière lui, vers le déjà créé, vers le passé. Que de chemin parcouru depuis les années 30 !

 

Flash-back

 

Au début des années 50, le chemin de Miles a croisé celui de Juliette Gréco, alors âgée de 22 ans et lui de 23 ans. C’était lors du premier voyage du jeune musicien à Paris que la rencontre eut lieu. D’un échange de regards, une idylle est née, une histoire d’amour à une époque où les unions mixtes entre un noir et une blanche étaient prohibées au pays de l’oncle Sam. Une histoire aussi intense que fugace a uni le jeune couple

« La musique a été toute ma vie jusqu’à Juliette Gréco (…). Elle m’a appris ce que c’était que d’aimer quelqu’un d’autre que la musique » confiait-il.

 

 

Discographie sélective et forcement subjective :

 

1957 : Round about midnight

1957 : Miles ahead

1957 : Ascenseur pour l’échafaud ( film de Louis Malle )

1959 : Kind of Blue

1965 : ESP

1970 : Bitches brew

Crédit photo cover : Site officiel Miles Davis